1876 , Mr Bidault , aérostier

 

 

aerostier

 

 

Ce jeudi de l'Ascension 25 Mai 1876, une effervescence inhabituelle règne sur la Place des Bois à Cusset. Le soleil printanier, encore timide, perce à travers une légère brume matinale, promettant une journée radieuse. Mais ce n'est pas seulement la fête de la ville qui attire les foules. Non, le véritable événement, celui qui tient toute la commune et ses environs en haleine, se prépare au centre de la place.

 

Un spectacle singulier s'offre aux yeux des curieux : un immense "monstre de toile", comme le décrivent certains, gît au sol. C'est l'aérostat de M. Bidault, un aéronaute réputé, venu de Lyon pour une démonstration de vol habité. Une opération délicate et fascinante est en cours : le gonflement du ballon. Une canalisation provisoire a été tirée depuis l'usine à gaz municipale, inaugurée à peine quelques années auparavant. Le "gaz d'éclairage" s'engouffre lentement dans l'enveloppe de taffetas verni, qui prend peu à peu une forme sphérique, ornée de bandes rouges et jaunes. Un murmure d'admiration parcourt la foule qui se masse derrière les barrières de sécurité, tenue à distance respectable. Les plus hardis tentent d'apercevoir M. Bidault, un homme d'un certain âge, barbu, vêtu d'une élégante jaquette noire et d'une casquette de marin, qui s'affaire aux préparatifs, donnant des instructions à son équipe de sol. Sa nacelle en osier, suspendue par une multitude de cordes à l'anneau de charge, est remplie de sacs de sable, d'une ancre et de quelques instruments mystérieux. Un petit drapeau tricolore y est déjà fixé.

 

M. Bidault est un passionné. Pour lui, l'aérostation n'est pas seulement un spectacle forain, mais une science d'avenir. Il croit fermement que l'homme finira par maîtriser les airs. Aujourd'hui, il espère démontrer, une fois de plus, la faisabilité d'un vol contrôlé, ou du moins, d'un vol réussi.

Vers 16 heures, le ballon est presque entièrement gonflé. Il se dresse fièrement sur la place, sa masse imposante dominant les toits environnants. M. Bidault, accompagné de l'ingénieur de l'usine à gaz, effectue les dernières vérifications. La foule, qui a patienté de longues heures, est en délire. Les cris, les applaudissements, les fanfares s'entremêlent dans un brouhaha joyeux. C'est le moment fatidique. L'aéronaute s'installe dans la nacelle, son drapeau à la main. "Lâchez tout !" clame-t-il d'une voix forte.

Les amarres sont libérées, les poids enlevés. Le "monstre de toile" s'élève majestueusement, avec une lenteur surprenante, presque magique. M. Bidault agite son drapeau, saluant la foule qui se réduit peu à peu sous ses pieds. Un vent léger, venant du Nord-Ouest, le pousse vers le Sud-Est. Il s'éloigne au-dessus des toits de Cusset, en direction de la Montagne Bourbonnaise.

 

Le vol dure environ une heure. M. Bidault goûte à cette liberté sans pareille, à cette vue panoramique qu'il décrit plus tard comme "un tapis de verdure et de villages". Il surveille ses instruments, lâchant un peu de sable pour remonter, ou ouvrant la valve pour descendre. Il se sent maître des airs, l'espace d'un instant.

Puis vient l'atterrissage. Il choisit un grand pré, près du village de Busset, à une dizaine de kilomètres de Cusset. L'opération est délicate, mais l'aéronaute est expérimenté. Il jette l'ancre qui accroche une branche, puis la valve d'évacuation du gaz est actionnée. Le ballon descend lentement, se dégonflant au fur et à mesure. Il se pose en douceur, sans incident majeur. Les paysans du coin accourent, d'abord méfiants, puis émerveillés. M. Bidault est accueilli comme un héros.

De retour à Cusset en fin de soirée, l'aéronaute est fêté par la population. La journée a été un succès total, un moment inoubliable pour la ville. L'envol du ballon de M. Bidault, ce 25 mai 1876, restera gravé dans les mémoires comme une preuve de l'audace et de la persévérance humaine, un pas de géant vers la conquête du ciel.

 

 

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