1890 , Célestin , imprimeur

Le soleil se lève à peine sur les cours de Cusset. Célestin arrive devant le bâtiment de l'imprimerie. L'air sent déjà le papier humide et l'huile de graissage. Son premier geste est d'enfiler son large tablier de toile grise pour protéger ses vêtements de la "braise noire" (l'encre).
Célestin s'installe devant sa casse (le grand tiroir à compartiments). C'est un maître du "monstre de plomb".
De la main droite, il pioche les caractères (le "petit œil") dans les cassetins.
De la main gauche, il tient son composteur où il aligne les lettres à l'envers.
Le défi : Maintenir une cadence infernale pour composer les colonnes du journal local ou des affiches pour le casino de Vichy voisin.
Le vacarme des presses s'arrête. Célestin rejoint ses collègues pour un "canon" de vin rouge et un morceau de fromage de pays. On discute politique, on peste contre l'arrivée des premières machines de composition mécanique qui menacent le savoir-faire manuel. À Cusset, l'imprimeur est un aristocrate de l'ouvrier : il sait lire, écrire et il a des idées.
Après la composition vient la mise en page dans le "châssis". Célestin aide à porter les lourdes formes de plomb vers la presse. On prépare l'encrage des rouleaux. Le moment est délicat : il faut que la pression soit parfaite pour que le noir soit profond sans percer le papier.
"Attention les gars, si le "m" est de travers, c'est toute la page qu'on recommence !" lance-t-il avec un clin d'œil.
La journée se termine par la tâche la moins noble mais la plus nécessaire : Célestin doit remettre chaque caractère de plomb dans son petit compartiment d'origine. C'est un exercice de patience absolue pour que la casse soit prête pour le lendemain.
