1460, Mathieu , Echevin

Mathieu se lève dans sa maison à pans de bois, située non loin de l'église Saint-Saturnin. Le froid est vif. Après une courte prière et un morceau de pain de seigle trempé dans du vin clair, il enfile sa robe de laine bordée de fourrure, signe de son statut de notable.
Sa première mission est économique. Accompagné d'un sergent, Mathieu se rend au marché.
Il vérifie que les marchands de grains n'utilisent pas de fausses mesures.
Il s'assure que le "droit de leyde" (taxe sur les marchandises) est correctement perçu pour alimenter les caisses de la ville.
Il jette un œil sévère sur la viande des bouchers ; à l'époque, vendre de la marchandise corrompue peut mener tout droit au pilori.
C’est le cœur de sa fonction. Mathieu retrouve ses confrères échevins. L’ordre du jour est chargé :
Une portion du mur d'enceinte, vers la porte de Doyat, montre des signes de faiblesse. Il faut engager des maçons.
Il doit trancher une querelle entre deux tanneurs au sujet de l’usage de l’eau du Sichon, qui devient trop polluée pour les lavandières en aval.
Mathieu rentre chez lui pour le repas principal. Au menu : une potée de choux avec du lard, des fèves et une poire cuite au miel. On discute des rumeurs venant de la cour du Duc de Bourbon à Moulins.
L'après-midi est consacré à la "petite justice". Mathieu reçoit des plaintes pour des injures ou des dettes non payées.
"La paix de la cité repose sur l'équilibre entre la fermeté et la conciliation," pense-t-il souvent. Il doit aussi superviser l'organisation du guet . En 1460, la sécurité nocturne est une obsession ; chaque habitant doit, à son tour, monter la garde sur les remparts pour prévenir toute attaque ou départ d'incendie.
Avant la tombée de la nuit, Mathieu assiste à la fermeture des portes de la ville. Les lourdes clés grincent dans les serrures. Cusset devient une forteresse close. Les retardataires doivent parlementer pour entrer, et les étrangers sont scrutés de près.
À la lueur des chandelles de suif, Mathieu finit de noter les dépenses de la journée sur un parchemin. La fatigue est là, mais le sentiment du devoir accompli prime : sous sa garde, Cusset a passé une journée de paix. Il se couche alors que le couvre-feu sonne au loin.
