1100 , Géraud de la Source , Alchimiste

4:00 – Le réveil du Feu
Le jour n'est pas encore levé sur la vallée du Sichon. Géraud ne se réveille pas au son des matines, mais à l'odeur du soufre. Dans son officine nichée près des remparts, il vérifie l' athanor, son fourneau à combustion lente. Le feu ne doit jamais s'éteindre. Pour l'alchimiste, la patience est la première des transmutations.
Géraud quitte la ville par la porte sud. Il se rend sur les rives de l'Allier et dans les zones volcaniques environnantes.
Il récolte des sels minéraux laissés par les sources thermales (déjà célèbres dans la région), de l'antimoine et des herbes rares comme la mandragore.
Il doit éviter les soeurs trop curieuses de l'abbaye, qui voient d'un œil méfiant celui qui cherche à "percer les secrets de Dieu" par le feu.
De retour au laboratoire, c'est l'heure des opérations techniques. Géraud utilise des alambics en verre soufflé et des cornues en terre cuite.
Il cherche l' "esprit du vin" ou tente d'extraire l'essence des métaux.
L'ambiance : Une chaleur étouffante, une fumée épaisse et le glougloutement constant des liquides qui bouillent. Sa barbe rousse est parsemée de suie, mais il sourit : une solution vient de passer du gris au bleu azur.
L'alchimie n'est pas que manipulation, c'est une philosophie. Géraud s'installe devant son pupitre. À la lueur d'une chandelle de suif, il consigne ses échecs (nombreux) et ses intuitions (rares) en latin codé. Il dessine des dragons se mordant la queue et des soleils noirs pour dissimuler ses recettes aux regards profanes.
Avant de prendre un repos mérité (un simple bouillon de légumes et une miche de pain rassis), Géraud monte sur son petit balcon. En 1100, on sait que l'influence des planètes régit les métaux.
"Mars est haute, le fer sera docile demain," murmure-t-il.
Il s'endort alors que l'Athanor ronronne doucement, transformant, peut-être, l'ombre de la nuit en l'or de la connaissance.
