1380, Guillemet le charpentier

Le Matin : L’appel de la forêt et de l’établi
05h30 – Le réveil :
Guillemet se lève aux premières lueurs, bien avant que le soleil ne dore les flèches de l'église Saint-Saturnin. Il habite une petite maison à pans de bois près de la porte de Doyat. Après une miche de pain de seigle trempée dans un peu de vin coupé d'eau, il embrasse sa femme et sort.
07h00 – Sur le chantier :
Guillemet travaille sur la réfection d’une grange dîmière appartenant à l’abbaye. Il n'utilise pas de plans sur papier : tout est dans sa tête et tracé à la pointe sèche sur de grandes tables de bois (l'épure).
09h00 – La taille :
Le travail est physique. Avec son aissette (une petite hache à lame courbe) et sa besaigue , il équarrit des poutres de chêne massif venues des forêts bourbonnaises environnantes. Chaque copeau qui saute est une preuve de sa maîtrise.
12h00 – Le « diner » :
Il s'arrête pour une pause consistante : une écuelle de porée (un ragoût de poireaux et de choux) avec un morceau de lard. On discute des rumeurs de la guerre avec les Anglais qui rôdent parfois dans la région, mais les murs de Cusset rassurent les artisans.
14h00 – Le levage :
C’est le moment critique. À l’aide de cordes, de poulies et de « chèvres » (des grues en bois), Guillemet et ses compagnons hissent les fermes de la charpente. Pas de clous en fer ici, trop chers ! Tout est assemblé par des chevilles en bois qu’il a lui-même taillées.
17h00 – La finition :
Il vérifie l’aplomb avec son fil à plomb et son niveau de bois. À Cusset, la précision est une question d'honneur ; si la charpente bouge, c'est tout le prestige de la corporation qui s'effondre.
18h30 – Le retour :
Alors que les cloches sonnent les vêpres, Guillemet range ses outils dans son coffre qu'il verrouille soigneusement. Ses mains sont calleuses, marquées par le tanin du chêne qui noircit la peau.
20h00 – Le couvre-feu :
Après un dernier repas frugal, il profite de la lumière d'un suif pour vérifier l'état de ses lames. Il s'endort rapidement, bercé par le silence de la cité fortifiée, sachant que son œuvre de la journée tiendra sans doute plusieurs siècles.
