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1869 , Inauguration du Boulevard de l'Hôtel de ville

Nous sommes le Dimanche 15 Aout 1869 . À Cusset, l'air est lourd de la chaleur estivale de l'Allier, mais l'excitation est palpable. C’est la Saint-Napoléon , la fête nationale du Second Empire, et la ville s'apprête à célébrer sa métamorphose.
Voici le tableau de cette journée historique :
Dès l'aube, le tambour de ville a résonné. Les habitants des faubourgs et les paysans des alentours convergent vers le centre. On a sorti les plus beaux habits : les hommes ajustent leurs redingotes malgré la chaleur, et les femmes arborent des robes à crinolines qui frôlent le sol encore poussiéreux du nouveau boulevard.
La ville est pavoisée. Des drapeaux tricolores pendent aux fenêtres des maisons neuves qui bordent l'artère. On a même dressé des arcs de triomphe éphémères faits de branches de sapin et de fleurs.
Vers 10 heures, à la sortie de la messe solennelle en l'église Saint-Saturnin (l'œuvre de Lassus, dont la silhouette néo-gothique domine fièrement le quartier), le cortège se forme.
Le maire, Félix Cornil, ceint de son écharpe tricolore, mène la marche. Il est entouré du conseil municipal, du sous-préfet de Lapalisse et des notables locaux. La fanfare municipale ouvre le pas, les cuivres rutilants sous le soleil de midi, jouant des marches militaires et l'incontournable "Partant pour la Syrie", l'hymne officieux de l'Empire.
Le cortège s'engage sur la nouvelle voie. Pour les Cussétois, le choc visuel est immense :
Avant : C'était un lacis de ruelles sombres et étroites, des vestiges de l'abbaye et de vieux murs médiévaux.
Maintenant : Une perspective droite, large et aérée qui relie le cœur de la ville à l'Hôtel de Ville.
On admire la régularité des façades. L'odeur de la pierre de taille fraîchement coupée et du sable de rivière utilisé pour le remblai flotte encore dans l'air. Les arbres fraîchement plantés — de jeunes platanes ou tilleuls — sont encore frêles, mais promettent déjà l'ombre future.
Arrivés devant l'Hôtel de Ville, la musique s'arrête. Le maire prend la parole sur une estrade décorée de velours rouge. Son discours exalte le progrès, la modernité et remercie l'Empereur Napoléon III (dont le buste trône non loin) pour sa vision. On parle de "l'alignement", de "l'hygiène" et de la fierté de voir Cusset rivaliser de prestige avec sa voisine, Vichy.
L'inauguration se termine par un immense banquet dans la cour de l'ancienne abbaye. Le vin de Saint-Pourçain coule à flots, on porte des toasts à la prospérité de la commune.
L'après-midi, le boulevard devient le théâtre de jeux : courses en sacs, mâts de cocagne ou joutes oratoires. Le soir venu, un feu d'artifice est tiré, et les premiers becs de gaz (ou lanternes à huile améliorées) illuminent cette nouvelle artère, transformant pour la première fois la nuit cussétoise en un spectacle de lumières.
