1940 , Jean-Pierre , instituteur

Nous sommes le 1er Octobre 1940. L’air est frais sur les bords du Sichon, à Cusset. Pour Jean-Pierre , instituteur de 34 ans, cette rentrée ne ressemble à aucune autre.
Sous le régime de Vichy, l'ambiance est pesante. La France est meurtrie, et dans les rues de Cusset, on croise parfois des uniformes gris-vert. Jean-Pierre ajuste sa blouse grise, un réflexe de métier, tout en lissant une moustache soignée.
Voici le récit de sa journée.
Jean-Pierre arrive devant la porte du collège. C'est un moment de joyeux chaos qui tranche avec la grisaille ambiante.
Les Retrouvailles :
Les garçons, en culottes courtes et bas de laine, chahutent en se bousculant. Les filles, dont les cheveux sont souvent noués par de grands rubans, restent plus proches des murs, leurs cartables en cuir craquelé à la main.
Le Protocole :
Jean-Pierre siffle le début du rang. Le silence s'installe, plus vite que les années précédentes. On sent chez les parents présents une forme de gravité transmise aux enfants.
Le Signe des Temps :
Sur le mur, une affiche fraîchement posée rappelle les nouvelles valeurs : Travail, Famille, Patrie.
En classe, l'odeur de la craie et de l'encaustique domine. Jean-Pierre ouvre le registre. Il manque quelques noms ; certains pères sont encore prisonniers de guerre en Allemagne.
L'Exercice :
Pas de mathématiques pour commencer. Il demande aux élèves de sortir leurs ardoises pour une leçon de morale patriotique.
Le Conflit Intérieur :
Jean-Pierre, républicain dans l'âme, doit suivre les nouvelles directives de l'Instruction Publique. Il parle du courage, de la terre de France et du travail bien fait, tout en croisant le regard de ses élèves, cherchant à y maintenir une étincelle d'esprit critique.
Le rationnement est déjà là. Jean-Pierre s'assoit avec ses collègues. On parle à voix basse.
On s'échange des nouvelles de la zone occupée (la ligne de démarcation est toute proche).
On discute du prix du charbon pour l'hiver qui s'annonce rude dans les salles de classe de l'Allier.
La journée se termine par le chant. Les voix cristallines des enfants s'élèvent sous le préau. Jean-Pierre les regarde partir deux par deux. Il sait que son rôle, cette année, sera autant d'instruire que de protéger ces enfants des privations et de l'idéologie qui sature l'air.
