1920, Marie-Louise , fermiére

Nous sommes en Mars 1920 . La guerre est finie depuis peu, et la vie rurale reprend ses droits avec une rigueur teintée d'espoir. Imaginons la journée de Marie-Louise , une fermière vigoureuse de Chassignol, dont les mains portent les sillons de la terre bourbonnaise.
04h00 : Le réveil dans le silence de Chassignol
La journée commence bien avant l'aube. Dans la pénombre de la cuisine, Marie-Louise allume la cuisinière à bois. Elle avale un bol de café de chicorée avec une miche de pain de seigle.
Dehors, le givre de mars craque sous ses sabots. Elle se dirige vers le poulailler pour rassembler ses bêtes. Elle a sélectionné ses plus belles pièces : six chapons gras , une douzaine de poulets de grain et quelques canards .
Le transport est une expédition. Son mari, Jean-Baptiste, a déjà attelé la jument à la charrette. Les volailles sont entassées dans des cages en osier — les "cloyères" — tapissées de paille fraîche.
Il faut descendre des hauts de Chassignol vers le centre de Cusset . Le chemin est pierreux, et le froid de mars pique le visage sous le fichu en laine. Marie-Louise surveille les paniers : une bête blessée perdrait de sa valeur au "cul du char".
En arrivant à Cusset , l'agitation est déjà à son comble. La place est un concert de caquètements, de cris de marchands et de bruits de sabots sur le pavé.
L'air sent la paille, la fiente de volaille et le tabac de caporal. Les fermières des alentours s'alignent, fières, derrière leurs paniers.
Marie-Louise est une fine mouche. Elle sait que ses poulets, nourris au bon grain de Chassignol, valent cher.
Les acheteurs — bourgeois de Vichy ou courtiers pour les grands hôtels — tâtent le bréchet des oiseaux pour vérifier s'ils sont bien en chair.
On discute, on marchande en patois bourbonnais ou en français rocailleux. "Regardez-moi cette peau, Monsieur, elle est jaune comme du beurre !"
Les billets de banque et les pièces de monnaie changent de mains. Marie-Louise range soigneusement son pécule dans une bourse en cuir cachée sous son tablier.
Une fois les cages vides, direction l'auberge pour un "canon" de vin rouge et une assiette de charcuterie avec les autres paysannes. C’est le moment où l’on échange les nouvelles : le prix du blé, les mariages à venir et les potins de la vallée.
Avant de remonter vers Chassignol, Marie-Louise fait ses emplettes en ville : du sel, du sucre, du fil de fer et peut-être un ruban neuf pour sa fille. La montée vers le village est plus lente, la jument fatigue, mais le cœur est léger : la vente a été bonne.
