1962 , Henri , projectionniste au " Trianon "

Bien que la première séance soit l’après-midi, le projectionniste arrive en avance. Le dimanche est souvent le jour où l'on reçoit les copies pour Il huile les roulements des projecteurs (souvent des marques comme Victoria ou Simplex) et nettoie les couloirs de projection avec un pinceau doux pour éviter que des poussières ne rayent le film.
Les films arrivent en galettes de 20 minutes. Il doit les monter sur de grandes bobines ou préparer ses deux projecteurs pour faire l'enchaînement (le "passage de relais") sans que le public ne s'en aperçoive.
Il installe des baguettes de charbon neuves dans la lanterne. C'est la combustion de ces charbons qui crée l'arc électrique nécessaire pour projeter une lumière blanche et puissante.
L'Après-midi : Le Marathon des Familles : Séances à 14h30 et 17h00
C’est le moment critique. La cabine devient une étuve.
Il lance le moteur, attend que l'arc électrique se stabilise, puis ouvre l'obturateur. Le faisceau traverse la lucarne, les Actualités Françaises commencent, suivies des réclames (Jean Mineur) et du dessin animé.
Contrairement au numérique d'aujourd'hui, l'opérateur ne peut pas quitter sa machine. Il surveille la mise au point et le cadrage.
Toutes les 20 minutes, un petit repère visuel apparaît en haut à droite de l'écran. C’est le signal : il doit lancer le second projecteur et basculer le son et l'image instantanément.
Moment crucial du dimanche. Il doit rallumer la salle pour le passage de l'ouvreuse et ses glaces "Miko", tout en rembobinant manuellement (ou avec un petit moteur) la première partie du film.
La Séance de Gala : Séance à 21h00
Entre les deux séances, il a pris un café rapide au bistrot d'en face. En cabine, la chaleur est montée. Les projecteurs ronronnent.
Les imprévus : En 1962, une pellicule peut encore casser. Si cela arrive, c'est la panique : il faut couper la lumière, réparer avec une "colleuse" et du solvant (l'acétone), puis relancer sous les sifflets de la salle.
Vers 23h15, le film se termine. Il éteint les arcs électriques, laisse refroidir les lanternes, et range les bobines dans leurs boîtes en métal pour le transport du lendemain.
