1800 , Claude , tailleur d'habits

6h00 - En 1800, la machine à coudre n'existe pas. Tout se fait à la main, et la lumière du jour est l'outil le plus précieux du tailleur. Claude se lève avec le soleil. Il habite au-dessus de son atelier, une maison à pans de bois typique du vieux Cusset, donnant directement sur la Place du Marché. Il avale un morceau de pain de seigle frotté d'ail et un bouillon chaud préparé sur l'âtre, puis descend dans sa boutique.
7h30 - l'ouverture de l'atelier , Claude ouvre les lourds volets de bois. Il s'installe dans la position traditionnelle des tailleurs : en tailleur (les jambes croisées) sur sa grande table de bois surélevée, pour garder l'ouvrage près de ses yeux et éviter que les tissus traînent sur le sol en terre battue.
9h00 - Les essayages et la coupe
La matinée est réservée aux tâches qui demandent la meilleure vue : la coupe.
Il utilise de lourds ciseaux en fer forgé, de la craie, et un ruban pour les mesures.
Il coupe dans des draps de laine épais pour les paysans des environs de la Montagne bourbonnaise, ou dans du fin lin et du velours pour les bourgeois de Cusset et les fonctionnaires locaux.
En cette année 1800, la mode a changé. On lui demande moins de culottes à la française et de gilets brodés (symboles de l'aristocratie déchue), et davantage de pantalons longs et de redingotes sobres, inspirés de la mode anglaise et révolutionnaire.
12h00 - La pause au rythme du marché
Cusset est une ville marchande très active. Par la fenêtre ouverte, Claude entend les cris des marchands de volailles, les négociations en patois bourbonnais, et le bruit des sabots sur les pavés. Il prend une pause courte. Son repas est frugal : un morceau de fromage de la région, du pain, et un pichet de piquette (vin léger). Il profite de l'agitation pour saluer quelques clients potentiels depuis le pas de sa porte.
13h30 - Le travail de longue haleine
L'après-midi est consacrée à la couture pure. C'est un travail physique et répétitif. Claude a le dos courbé et les doigts calleux.
Il enduit son fil de lin ou de chanvre avec de la cire d'abeille pour qu'il glisse mieux et ne s'effiloche pas.
Son dé à coudre en laiton, poli par les années, cliquette contre l'aiguille.
Il utilise un lourd "carreau" (un fer à repasser en fonte rempli de braises fumantes) pour aplatir les coutures d'une lourde cape en laine. L'odeur du drap chaud et de la fumée de charbon de bois emplit la petite pièce.
18h30 - La tombée du jour
Dès que la lumière décline, la couture devient impossible sous peine de se ruiner les yeux. La bougie de suif coûte cher et éclaire mal. Claude range ses précieuses aiguilles dans un étui pour éviter qu'elles ne rouillent avec l'humidité de la nuit. Il ferme les volets, allume une petite chandelle, et passe quelques instants sur son registre de comptes. La période est plus stable qu'il y a quelques années avec les assignats, mais il doit s'assurer que ses clients paient, souvent en nature (bois, nourriture) ou en monnaie trébuchante.
20h00 - Le repos Épuisé, le dos douloureux, Claude remonte dans ses quartiers pour un repas chaud (souvent une potée aux choux) avant de dormir, prêt à recommencer dès le retour du soleil.
